à la rencontre
de Kamel Daoud
Kamel Daoud est un journaliste et écrivain algérien. Aîné d’une fratrie de six enfants, il est le seul à avoir fait des études supérieures, après un bac scientifique suivi d’études de lettres françaises. Il choisit d’écrire en français, estimant la langue arabe « piégée par le sacré et les idéologies ».
Ancien islamiste dans sa jeunesse, il s’en éloigne à 18 ans et participe aux manifestations d’octobre 1988. Il rejoint Le Quotidien d’Oran en 1994, y devient rédacteur en chef, puis chroniqueur reconnu pour sa liberté de ton. Il collabore également avec Slate Afrique, Algérie-Focus et Liberté jusqu’en 2022.
Il publie des nouvelles, chroniques et romans. Son œuvre la plus célèbre, Meursault, contre-enquête (2014), reçoit le prix Goncourt du premier roman en 2015. Il publie ensuite Zabor ou les Psaumes (2017), puis obtient le prix Goncourt en 2024 pour son roman Houris.
Houris
Gallimard
2024
Il faut parfois trahir
Tracts Gallimard
2025
Ses ouvrages
« Je suis la véritable trace, le plus solide des indices attestant de tout ce que nous avons vécu en dix ans en Algérie. Je cache l’histoire d’une guerre entière, inscrite sur ma peau depuis que je suis enfant. »
Aube est une jeune Algérienne qui doit se souvenir de la guerre d’indépendance, qu’elle n’a pas vécue, et oublier la guerre civile des années 1990, qu’elle a elle-même traversée. Sa tragédie est marquée sur son corps : une cicatrice au cou et des cordes vocales détruites. Muette, elle rêve de retrouver sa voix.
Son histoire, elle ne peut la raconter qu’à la fille qu’elle porte dans son ventre. Mais a-t-elle le droit de garder cette enfant ? Peut-on donner la vie quand on vous l’a presque arrachée ? Dans un pays qui a voté des lois pour punir quiconque évoque la guerre civile, Aube décide de se rendre dans son village natal, où tout a débuté, et où les morts lui répondront peut-être.
« Suis-je donc un traître ? Peut-être que oui, mais je m’en console en feuilletant les livres d’histoire : tous les héros ont trahi l’immobilité. Tous les prophètes devaient trahir leur époque et un désert jaloux. Dans la nuit, tous les éclaireurs se voient obligés de trahir la lenteur des leurs. Tous les hommes ont dû trahir la peur. Tous les fleuves trahissent leurs sources pour aboutir à la mer. Tous les nids sont des fers aux pieds, si l’on n’y associe pas le premier pas dans le vide, si l’on n’ose pas s’y jeter et remuer des ailes ignorées.
[…]
Quand un Occidental pense contre les siens, on le désigne comme intellectuel universel. Il est le « centre » du monde, son nombril éclot dans chaque mot. On l’applaudit. On l’interroge sur l’avenir de tous. C’est le héros de la raison, le redresseur des torts, le feu concomitant à toute existence.
Quand un intellectuel du Sud réfléchit contre l’Occident, il se proclame comme décolonisateur éternel. Il n’a qu’une seule histoire à raconter, ce petit fragment de l’Univers qui lui est imparti. C’est sa seule victoire. Alors, il le récite sans cesse, il y vit, il y meurt, puis il se relève et recommence. Il devient ombrageux quand on l’interpelle sur d’autres traces de l’humanité que ses os à lui et ses armes rouillées. C’est sa rente. Il veut vivre comme un souvenir. Il réclame de vivre dans la mémoire comme la fleur des cendres. Or, la mémoire n’est pas une maison, mais un chemin. On la traverse pour interroger, pas pour demeurer. La réminiscence est la chaumière des dieux et des morts. Pas la nôtre. »
Où et quand rencontrer Kamel Daoud ?
Lundi 17 novembre – Château La Favorite, Le Lamentin
Mardi 18 novembre – Université des Antilles, Schoelcher
Vendredi 21 novembre – Direction des Affaires Culturelles, Fort-de-France
Samedi 22 novembre – Salon du livre et petits cafés littéraires, Fort-de-France
Dimanche 23 novembre – Domaine la Pagerie, Les Trois-Îlets